- Pourquoi la présence de l’OID au SIBCA est-elle devenue incontournable ?
« Le SIBCA, c’est vraiment pour nous un rendez-vous incontournable. Le salon de l’immobilier bas carbone qui est aussi là pour amener tous les nouveaux sujets, ou en tout cas tous les sujets importants autour de la durabilité du bâtiment, et surtout apporter des solutions.
« Le SIBCA, c’est vraiment le salon de l’immobilier bas carbone, mais aussi celui des solutions »
Nous ne sommes pas juste là pour dire que ça ne va pas, nous sommes là pour expliquer aujourd’hui comment la filière s’organise pour faire face à ces enjeux. Nous, en tant qu’association qui accompagnons toute la filière à accélérer sa transition vers cette durabilité, c’est une manière pour nous de partager et mettre en lumière nos travaux et ceux de nos écosystèmes et de tous les partenaires avec qui nous travaillons au quotidien.
A travers le Pavillon de la résilience climatique, nous avons aussi souhaité donner un angle complémentaire. Le SIBCA a commencé autour du bas carbone, avec cette cible de l’atténuation. Mais le sujet évolue et le pavillon permet justement d’ouvrir la réflexion à ces enjeux plus larges de résilience climatique que nous devons traiter aujourd’hui. »
- Quand on imagine l’immobilier neuf et le bâtiment de demain, comment peut-on concevoir un bâtiment résilient ?
« C’est un vrai défi. La RE2020 est une réglementation très ambitieuse, mais elle tient encore compte de manière assez limitée des évolutions du climat.
Un bâtiment n’est pas construit pour les dix prochaines années, mais pour beaucoup plus longtemps. Le climat va encore significativement évoluer. Il faut donc construire des bâtiments qui répondent non seulement aux besoins d’aujourd’hui, mais aussi à ceux de demain, tout en évitant d’aggraver la situation.
« Le climat va significativement évoluer : il faut construire pour les besoins de demain »
L’atténuation reste un enjeu majeur : tant qu’on émettra du carbone, la situation va s’empirer, parce que le bol est déjà complètement plein et qu’on va continuer à le remplir. Mais il faut aussi s’adapter. Le climat est déjà en train de changer et il va continuer de changer. La manière de construire et de concevoir nos bâtiments doit donc évoluer pour tenir compte de ces changements. »
- La question de l’eau semble pourtant encore peu présente dans la réglementation française du bâtiment neuf. Est-ce un retard important d’avoir encore de l’eau potable dans nos toilettes par exemple ?
« Ça, c’est très français. L’eau est en effet encore très peu présente dans la réglementation et les labels. Il existe une prise de conscience de la rareté de la ressource, mais son prix ne reflète pas aujourd’hui cette rareté. Quand on ne sait pas mettre une valeur derrière un sujet, c’est compliqué d’embarquer une filière.
« Le sujet de l’eau va gagner en puissance, un peu comme l’adaptation »
La question de l’eau va pourtant gagner en puissance, un peu comme l’adaptation, parce qu’elle va amener des contraintes opérationnelles. Un bâtiment a besoin d’eau pour fonctionner et, pour certaines activités, c’est même critique, à l’image d’un hôtel qui ne peut plus remplir sa piscine à cause des restrictions.
- Les acteurs de l’immobilier commencent-ils déjà à agir sur cet enjeu ?
« Il y a pas mal d’acteurs qui s’y intéressent, avec notamment des pilotes sur certains actifs. Des acteurs comme Action Logement ou Altarea sont déjà très impliqués. L’OID a également participé à une initiative collective via la Fondation Palladio sur cette question de l’eau, avec la réalisation d’un guide des solutions eau avec des étudiants.
« De plus en plus d’acteurs se posent la question de l’eau »
Mais il reste une difficulté : si l’impact financier ne peut pas être démontré, comment justifier les investissements ? C’est tout le travail qu’il faut mener pour montrer que ce n’est pas parce que la ressource en eau a un coût limité qu’elle n’aura pas d’impact sur la valeur de l’actif ou sur les montants financiers associés à ces actifs. » Aller plus loin - Gestion de l'eau et promotion immobilière
- Face aux épisodes de chaleur qu’on a connu cet été, faut-il aller plus loin dans le rafraîchissement des logements neufs, notamment avec la climatisation ?
« Il faut rester mesuré. Nous ne pourrons pas tout climatiser et la climatisation ne sera pas la solution. A Paris, lors de la très forte vague de chaleur, certains réseaux de froid ont lâché et des immeubles de bureaux ont dû être évacués. La climatisation ne peut donc pas être la seule réponse.
« La climatisation ne sera pas la solution : elle doit être le dernier recours »
Elle doit plutôt être le dernier recours. Il faut d’abord réfléchir aux solutions permettant de limiter les apports de chaleur et de favoriser la ventilation passive. Beaucoup de solutions existent avant de se tourner vers la climatisation, lorsque le climat ou les activités du bâtiment le nécessitent.
La vraie difficulté, c’est qu’aujourd’hui, nous avons vraiment agi en réaction. Or ces enjeux climatiques s’installent. Ce n’est plus ponctuel : il y en aura de plus en plus, de plus en plus souvent.
Nous ne pouvons plus agir en réaction. Il faut une planification et penser dès la conception, ou lors de la rénovation, aux bonnes solutions pour ne pas avoir à intervenir dans l’urgence avec des dispositifs qui seront en plus inefficaces. » Parcourir aussi - Climatisation et logement neuf : la fin d'un tabou
- A quoi doit donc ressembler le logement neuf de demain ?
« Il faut penser à un ensemble de solutions qui vont déjà protéger le bâtiment : son emplacement, son orientation, mais aussi les protections solaires et les solutions passives permettant de le rafraîchir la nuit.
« Il faut penser collectivement à ce qui va se passer quand l’été, ça va chauffer »
Pendant longtemps, nous cherchions des logements exposés plein sud, avec de grandes fenêtres. Il faut désormais penser à ce qui va se passer quand, l’été, il fera chaud.
Altarea, par exemple, a signé notre charte d’engagement pour l’adaptation avec six autres structures. L’entreprise ne va pas s’interdire la climatisation, mais entend y recourir de manière réfléchie, en dernier recours, avec des limites de température. Voir davantage - 40°C dehors, 26°C dedans grâce à la clim' : le pari fou d'Altarea ?
Il faut aussi accepter que nous allons tous avoir plus chaud. Nous ne pourrons pas vivre à la même température dans notre logement toute l’année. Le climat ne le permettra plus. Les promoteurs doivent donc intégrer ces différentes solutions, mais les collectivités doivent également faciliter leur mise en place. Nous entendons encore trop souvent parler de projets contraints à cause des ABF, Architectes des Bâtiments de France ou de règles urbanistiques, et c’est vraiment dommage.
Cela passe aussi par la formation des élus et des équipes en charge de l’urbanisme. Il faut qu’ils comprennent les enjeux et les solutions. L’idée n’est pas de détruire notre patrimoine, qui est important à protéger, mais de trouver le compromis et les bons arbitrages. »
- La RE2020 est-elle finalement devenue un frein aux solutions innovantes ou reste-t-elle une bonne base pour le logement neuf de demain ?
« Non, elle pose un cadre. Cela n’empêche pas de faire des choses autour et d’aller plus loin. Elle est ambitieuse, et cette ambition est nécessaire. Tant que nous émettrons du carbone, nous continuerons d’aggraver la situation et il arrivera un moment où il n’y aura même plus de solution face aux problèmes auxquels nous serons confrontés.
« La RE2020 pose un cadre ambitieux, mais ça n’empêche pas d’aller plus loin »
Il est donc important de conserver ce cadre. La réglementation évoluera certainement sur les questions d’adaptation. Pour l’instant, il y a des choses au niveau européen et au niveau local, et les acteurs sont déjà en train de se mettre en ordre de marche. Il le faudra de toute façon. »






